______________________________________________
#_ Photographe et Strass
______________________________________________
« 10 Septembre 2002,
______Les avions volent et les bateaux coulent. Les fruits mûrissent alors que les fleurs fanent.
Si le monde n'était pas composé de toutes ces choses éphémères, celui-ci ne tournerait pas rond, non ?
Alors, peut-être est-ce normal, qu'une fille de 14 ans meurt ? C'était son heure ? Non ? Personne ne le sait vraiment, n'est-ce pas ? Personne ne peut donner réponses à toutes mes questions ?
Elle aurait aimée, j'en suis certaine, aller dans un avion. Mais, peut-être que celui-ci se serait crashé pour la tuer ?
___Elle aurait aimée aller dans cette ville, où le monde marche sans se soucier des autres, où le monde regarde le ciel, espérant voir un signe du destin. Mais peut-être que celui-ci allait lui réserver un sort sanglant dans les prochaines minutes qui suivrait son entrée dans la capitale ?
Mais que savons-nous réellement de la vie et de la mort, à part que nous nous préparons à accueillir mon premier alors que mon deuxième arrive sans que nous le sachions ?
Ainsi, peut-être vais-je mourir demain d'une asphyxie ? Ou bien encore mourir d'une de ces maladies qui vous laisse agoniser dans d'atroces souffrances ?
___Que sais-je ? Rien à priori. Je ne suis, pour les adultes, qu'une enfant qui vient de voir la mort, aussi innocente que je puisse l'être, et qui ne comprend rien à la vie.
Mais il y a une grande différence entre les adultes et moi : J'ai compris, alors qu'eux n'essayent même pas !
Mais peux-tu me dire, toi un simple cahier noir dans lequel j'écris tout et n'importe quoi, comment le destin peut choisir les personnes qui doivent mourir et tout abandonner pour un lieu dont les célèbres Ecrits Catholiques définissent comme le Paradis ?E.A »_________________
« L'Amour fraternel est plus durable : il ressemble à la pierre précieuse qui résiste aux plus durs métaux et dont la valeur s'accroît avec les années »
Citation d'Hector Carbonneau.
Il était une fois... Ellye, trois voyelles, deux consonnes, un mètre, soixante-quinze centimètres, vingt et un ans et deux mois.
Serviable, gentille, presque joyeuse mais pas trop amicale. Mes amis se comptent sur les doigts des deux mains mais pour mes qualités il faudrait environ cinq personnes afin de les compter, sans me vanter bien sur.
Si ma couleur favorite est le noir, je ne suis pas gothique pour autant. J'aime juste le noir, tout comme quelqu'un qui aimerait les chats d'une certaine race.
Enfin, bref, passons ces détails. Ellye est l'abrégé de mon vrai prénom Ellynaé Améthyste Thompson. J'ai un nom de pierre précieuse car mes parents ont crus à une stupide citation de je-ne-sais-plus-qui, et comme je suis la troisième et dernière de la famille, ces derniers m'ont appelé ainsi.
Je suis née à la frontière allemande de parents français, mais qui ont pourtant un nom anglais. Eileen, ma mère, avait vingt-quatre ans et mon père Nathan en avait vingt-six.
Je travaille, pour l'instant, en collaboration avec mon frère aîné Eithan. Lui devant l'objectif, moi derrière.
J'aime lire et j'aime la musique. Niveau livre, je préfère les histoires d'amour qui finissent mal, plutôt que les fameux et connus "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants...".
A quoi bon se mettre dans la tête que chaque fille est une princesse qui a son prince charmant ?
Moi qui m'identifie plus à Cendrillon, je crois vraiment qu'aucune petite souris ne viendra me délivrer de ma chambre dans le grenier, pour que le prince sache que c'est avec moi et non avec ma s½ur qu'il a dansé au bal.
D'ailleurs, ce n'est même pas une demi-s½ur que j'ai, c'est encore pire.
Vous voulez des explications bien claires et précises ? Alors accrochez-vous bien, ma vie n'est pas de tout repos !
Tout commence par le commencement... C'est à dire la naissance de mon frère et de ma s½ur : Eithan Lapis-Lazuli Thompson, mon grand-frère donc, né le 13 Novembre 1988 à 12h21 environ. Mon frère tenait bien son nom dès la naissance : le Lapis-Lazuli, étant une pierre égyptienne de couleur marine foncé, avait la même teinte que ses yeux.
Cassiopée Malachite Thompson, la pire s½ur que l'on peut avoir, née le 13 Novembre 1988 vers les alentours de 12h35. Inutile de vous dire qu'elle haïssait le "Malachite", qui pourtant était le nom d'une pierre dont je trouvais la couleur fascinante : comme un arbre qui construit son écorce au fil des ans, elle avait un dégradé d'un vert très pâle allant vers le vert foncé, puis vers le marron sur les bords.
Et puis je suis arrivée, moi, Ellynaé Améthyste Thompson, la dernière de la famille, née le même jour de la même année, sur les coups de 13h.
Comme je suppose que vous l'avait remarqué, nous étions triplés.
Le pire pour des frères et s½urs, c'est d'avoir un lien comme ça. Un lien qui vous mange votre personnalité petit à petit, en vous comparant avec votre s½ur, en vous identifiant à celle-ci, disant que vous faisiez étrangement les mêmes choses au même moment, et puis ceci, et puis cela. Mais ça, c'est plus loin...
Donc, nos parents avaient le chic pour trouver des noms vraiment rares, presque des noms inventés. "Eithan" vient du rapprochement de la première syllabe d' "Eileen" et de la dernière de "Nathan". Cassiopée est le nom d'une constellation d'étoile, ce qui pourrait expliquer le fait qu'elle se prenait pour une 'Star', et Ellynaé, un prénom inventé de toute part trouvé sur le moment même de ma naissance.
Comme je le disais, le pire entre nous trois était notre lien de gémellité. Cassiopée et moi nous nous ressemblions beaucoup physiquement, hormis les yeux. Je les avais d'un bleu profond presque translucide, alors qu'elle les avait comme Eithan, un bleu plutôt foncé, avec du vert au centre. Mais Cassiopée et moi n'étions pas jumelles. Dans le jargon médicinal, nous n'étions que des s½urs dizygotes ; Eithan et elle étaient des jumeaux monozygotes. En bref : nous n'étions pas jumelles alors qu'eux deux si.
Eithan et Cassiopée étaient proches... Bien trop proche à mon goût, me laissant souvent seul pour leurs jeux en duo.
J'avais l'impression d'être le vilain petit canard dans leur petit univers féerique aux couleurs de l'arc-en-ciel. Et moi, j'étais seule, soit dans ma chambre, soit dans celle de mes parents, à parler ou à m'inventer des histoires, ou bien encore à ne rien faire. Il m'arrivait de me mettre dans le salon, en regardant la pluie qui tombait sur la vitre. La seule chose positive : ma mère m'adorait. Quand elle me voyait seule, elle venait me chercher pour aller à la cuisine, et de mes mains d'enfant, je l'aidais du mieux que je le pouvais à faire des gâteaux et autres pâtisseries alléchantes. Eithan et Cassiopée, eux, chahutaient dans la salle de jeux, criaient et courait partout. Le plus drôle était leur langage. Ils s'en étaient inventés un, tout comme la plupart des jumeaux comme eux, à la différence qu'ils l'ont gardés jusqu'à leurs 14 ans. Lorsque ma s½ur (ou mon frère) criait une phrase qui n'était pas en français, ma mère se tournait vers moi et me demandait à chaque fois : "Qu'est-ce qu'elle a dit ?", et je lui répondais tout le temps que je ne savais pas. C'était leur langage, pas le mien.
Vers nos 12 ans, nous avons quitté notre village allemand, à mon plus grand malheur, pour une ville parisienne. Cassiopée avait alors adopté la "fashion attitude", et Eithan était pareil. L'une se prenait pour une photographe, l'autre pour un mannequin. Ils ont tout de suites étaient adulés, les garçons idolâtrant ce qui me servait de s½ur, les filles courant après mon frère. Alors que moi, j'étais juste Ellye. J'avais des pantalons noirs et larges, des tuniques blanches ou rayées, les cheveux beaucoup plus longs que ma s½ur, et l'air d'une personne qui voulait se fondre dans la masse. Car malheureusement pour moi, je ressemblais trop à la star du collège.
A cause de ça, je n'ai eu aucune véritable amie, sauf Marie. Une fille plutôt solitaire ayant les mêmes goûts que moi, et détestant ceux qui se prennent pour ce qu'ils ne sont pas. Sous entendu : Mon frère et ma s½ur, devenus les mascottes du collège.
J'ai eu un ami garçon, dont je ne me rappelle plus le nom. Par contre, je me souviens très bien que la seule chose qu'il voulait, c'était pouvoir figurer en tant qu'ami "officiel" et devenir ainsi le "futur-ex-petit-copain" de ma s½ur.
Mais inconsciemment, j'étais jalouse de Cassiopée. Elle avait tout ce que je n'avais pas.